La naissance de Jacques Sobieski d’après une lettre de Jean Sobieski (1667)
Paris, le 2 novembre 1667. Marie Casimire Sobieska, née de la Grange d’Arquien, donne naissance à Jacques. Épouse de Jean Sobieski, qui deviendra roi de Pologne en 1674, elle se trouve en France pour bénéficier des soins médicaux nécessaires à une heureuse couche.
Jean Sobieski est resté en Pologne-Lituanie, où il mène la campagne de Podhajce (1667). Il apprend l’événement à Żółkiew, les premiers jours de décembre. Le 9 décembre, il envoie une lettre à Marie Casimire où il partage sa joie face à la naissance de son premier-né.
Voici une traduction inédite de certains passages de cette lettre.
Lettre de Jean Sobieski à Marie Casimire, le 9 décembre 1667 (extraits)
Après la naissance de Jacques Sobieski…
Voilà la réaction de Jean Sobieski à la nouvelle de sa paternité. Après la naissance de Jacques Sobieski, il continue d’être un père attentif.
Il suit avec intérêt les premiers moments de la vie de son fils, comme le démontre sa correspondance. Il se soucie du baptême du nouveau-né, qui aura lieu à Saint-Germain en mai-juin 1668. Louis XIV en sera le parrain, et Henriette-Marie, reine consort d’Angleterre réfugiée en France, la marraine.
Les époux discutent du prénom à donner à l’enfant. Jean insiste pour l’appeler Jacques. La coutume polonaise voulait qu’on transmette au premier-né le prénom du grand-père. Jean Sobieski argumente, non sans humour, que « même le bon et bel or anglais est transformé en jacobus », pièce d’or frappée sous Jacques Ier. Le deuxième prénom, également royal, sera Louis à la suite de Louis XIV10.
Dans ses prochaines lettres, Sobieski transmet des recommandations paternelles. Le 30 décembre, il conseille de « donner [à Jacques] un peu de vin […] pour qu’il devienne grand, fort et tenace dans le travail ». Le 4 avril, il invite Marie Casimire à emmener le nouveau-né « partout à la cour » et « à l’air frais ». Là-dessus, il donne son propre exemple : « À son âge, je ne connaissais presque pas ma chambre ».
Il envoie à Paris les avis médicaux reçus à Varsovie ainsi qu’un herbarium à consulter en cas de besoin. Enfin, des cadeaux accompagnent les missives, tel l’habit préparé par Mme la voïvode Marianne Jabłonowska, une amie de la famille11.

Conclusion : Jean Sobieski et la parentalité
Les lettres des années 1667-1668 nous laissent un témoignage vivant sur la naissance de Jacques Sobieski. Elles montrent le futur roi de Pologne sous son visage de mari aimant et de père attentif. Ses missives retracent ses inquiétudes, ses impatiences et surtout sa joie face à la venue au monde de son premier-né. Il est plein de sollicitude aussi bien avant qu’après la naissance de l’enfant12.
Les épîtres donnent à voir le dévouement et la tendresse paternelle de Jean Sobieski, qui ne se démentiront pas à la naissance de ses prochains enfants. Marie Casimire de la Grange d’Arquien et Jean Sobieski auront en tout treize enfants, dont quatre seulement survivront jusqu’à l’âge adulte :
- Jacques Louis Sobieski (1667-1737)
- Jumeaux mort-nés (1669)
- Teresa, décédée quelques mois après sa naissance (1670)
- Adélaïde (1672-1677)
- Fille surnommée « Menone » (1673-1675)
- Fille décédée à la naissance (1674)
- Teresa Cunégonde (1676-1730)
- Alexandre (1677-1714)
- Fille décédée à la naissance (1678)
- Constantin (1680-1726)
- Benoît (1681-1690)
- Jean (1682-1685)13.
Les deux parents entourent leur progéniture de leur affection et de leur protection. Ils souffrent lors des décès successifs, en particulier après celui de « Menone », qui est totalement inattendu, et celui d’Adélaïde, qui est précédé d’une douloureuse maladie.
Les épreuves et les consolations de la famille Sobieski sont inscrites au sein de la correspondance royale. À ce titre, elle constitue une source exceptionnelle sur la parentalité et l’enfance au XVIIe siècle14.
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Découvrez le livre Jean Sobieski – Lettres à la reine Marie Casimire pendant la campagne de Vienne (1683), une nouvelle édition française de la correspondance royale écrite lors du siège de Vienne par l’Empire ottoman, enrichie d’une introduction historique de 80 pages.
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- Garde-chasse (łowczy) – charge dont le titulaire était chargé d’organiser les chasses royales.
- Les jeunes mariés étaient convenus que si Marie Casimire donnait naissance à une fille, ils l’appelleraient Teresa.
- Jean Sobieski et Marie Casimire appelaient ainsi le père de cette dernière, Henri-Albert, marquis de la Grange d’Arquien.
- L’accouchement pouvait mettre la vie de Mariette en péril.
- Jean Sobieski parle ici de Jacques.
- L’abbé Solski était le chapelain de Jean Sobieski entre 1667 et 1670. Il crée un horoscope à l’occasion de la naissance de Jacques.
- Dorothée Madeleine Daniłowicz, Mère Prieure des Bénédictines de Lviv de 1640 à 1687, et tante de Jean Sobieski, qu’il chérissait comme sa propre mère.
- Frère de Marie Casimire, Louis de la Grange d’Arquien.
- Jean Sobieski écrit après la campagne militaire de Podhajce, qui a eu lieu à l’automne 1667. L’armée s’est dispersée dans ses quartiers pour la saison hivernale.
- Voir les lettres des 15 et 30 décembre 1667 et du 23 mars 1668. Voir également Skrzypietz Aleksandra, op. cit., p. 28.
- Lettre du 23 mars 1668.
- Sur le rapport de Jean Sobieski à la paternité et à l’enfance, tel qu’exprimé dans sa correspondance des années 1667-1668, voir Skrzypietz Aleksandra, Królewscy synowie – Jakub, Aleksander i Konstanty Sobiescy, Katowice, Wyd. Uniwersytetu Śląskiego, 2011, p. 25-31.
- Sobieraj Maciej, « Potomstwo Jana i Marii Kazimiery Sobieskich w świetle źródeł zakonnych », Roczniki humanistyczne, XXXIV, 2, 1986, p. 429-434. En 1986, Maciej Sobieraj a établi l’existence de onze enfants. Aleksandra Skrzypietz dénote treize enfants : Skrzypietz Aleksandra, op. cit., p. 23-105.
- Nous renvoyons à ce sujet au chapitre 1 de la monographie d’Aleksandra Skrzypietz, op. cit., p. 23-105.