Portrait de Marie Casimire de la Grande d'Arquien par un anonyme, vers 1658-1660, Collection du château de Wawel.

Marie Casimire de la Grange d’Arquien : les débuts difficiles d’une Nivernaise à Varsovie

Au XVIIe siècle, deux Françaises sont couronnées reine de Pologne. Louise Marie de Gonzague épouse successivement deux rois polonais : Ladislas IV Vasa en 1645, puis son frère et successeur Jean II Casimir en 16491. De nombreuses dames de compagnie accompagnent la princesse nivernaise. Parmi elles, on compte Marie Casimire de la Grange d’Arquien.

Marie Casimire épouse Jean Sobieski en 1665. Celui-ci est élu monarque de la République le 21 mai 1674. Le 2 février 1676, le couple se fait couronner au château de Wawel à Cracovie2.

Pourtant, Marie Casimire de la Grange d’Arquien ne semblait pas promise à un tel destin ni à une telle élévation. Car la souffrance et les contrariétés marquent ses premiers pas en Pologne. Cet article retrace ces débuts difficiles de Marie Casimire à Varsovie.

Marie Casimire de la Grange d’Arquien, protégée de Louise-Marie de Gonzague

Marie Casimire de la Grange d’Arquien est née le 28 juin 1641 à Nevers, d’Henri et Françoise, née de La Châtre. De noble lignée, remontant jusqu’à Clovis, la famille d’Arquien ne jouit que d’une modeste fortune au XVIIe siècle. Henri et Françoise ont sept enfants, dont deux fils et cinq filles.

Françoise occupe la fonction de gouvernante chez Louise-Marie de Gonzague-Nevers. Lorsque cette dernière est appelée au trône de Pologne, elle emmène Marie Casimire, alors âgée de quatre ans, dans son royaume d’adoption.

La présence d’un si jeune enfant dans la suite de Louise-Marie suscite des rumeurs. Certains veulent voir en Marie Casimire la fille illégitime de la nouvelle reine de Pologne, peut-être de sa relation passée avec Cinq-Mars. Il n’en est rien. La princesse de Gonzague-Nevers aide simplement sa gouvernante, Françoise de La Châtre, en prenant en charge l’éducation et l’avenir de sa fille3.

En outre, une telle approche correspondait tout à fait aux intérêts français en Pologne. De nombreuses jeunes filles accompagnent Louise-Marie de Gonzague dans son voyage. L’objectif : les marier à des magnats influents pour renforcer la politique française au sein de la République polono-lituanienne4. Le cas de Marie Casimire s’inscrit dans ce contexte.

L’éducation de Marie Casimire de la Grange d’Arquien à la cour de Varsovie

Marie Casimire passe son enfance et sa jeunesse en Pologne, à l’exception de quelques années d’enseignement à l’école des Ursulines de Nevers (entre 1648 et 1653).

Elle apprend le polonais et le maitrise parfaitement. Elle évolue à la cour de Varsovie, où elle s’imprègne de l’étiquette et découvre les arcanes du pouvoir. Tout cela sous la protection de Louise-Marie de Gonzague.

Cette dernière n’a pas d’enfants. Son unique fille Maria Anna Teresa meurt à l’âge d’un an (1650-1651). Aussi, traite-t-elle Marie Casimire comme sa propre fille.

Dès son plus jeune âge, la demoiselle d’Arquien se fait remarquer par sa grande beauté. Rapidement, se pose la question de son mariage5. Dès mars 1658, elle épouse l’aristocrate Jean Zamoyski.

Joseph Buchbinder, Portrait de Jean Zamoyski (1627-1665), premier époux de Marie Casimire de la Grange d'Arquien, XIXe siècle, Musée de Zamość.
Joseph Buchbinder, Portrait de Jean Zamoyski (1627-1665), XIXe siècle, Musée de Zamość.

Le malheureux mariage de Marie Casimire de la Grange d’Arquien avec Jean Zamoyski

Jean Zamoyski représente une des plus grandes fortunes de la Rzeczpospolita de l’époque. Petit-fils du grand général Zamoyski, il est l’unique héritier de l’ordination de cette famille6.

Il est aussi l’un des rares magnats à être resté fidèle au roi Jean II Casimir lors de la première guerre du Nord. Il s’est illustré par la défense héroïque de la ville de Zamość contre les armées suédoises. Le couple royal lui octroie sa confiance et sa reconnaissance, ce qu’il exprime en lui accordant la main de Marie Casimire.

Toutefois, Zamoyski possède de nombreux vices dans la vie privée. Orphelin héritier à l’âge de 11 ans, il débute l’administration de ses biens par de généreux dons à ses serviteurs et courtisans. Cet acte de prodigalité suscite l’inquiétude de ses tuteurs. Ils lui interdisent de disposer de sa fortune avant l’âge de 24 ans. Sans conséquence sur le long terme. Jean Zamoyski restera large et dépensier tout au long de sa vie, au point de tomber dans l’endettement. Il dissipe son argent en mauvaise compagnie, en s’adonnant à l’alcool et à la débauche.

Une vie conjugale et familiale difficile

Le mode de vie de l’ordinat se répercute sur la vie conjugale et familiale du jeune couple. Inquiétudes et désagréments scandent le quotidien de Marie Casimire de la Grange d’Arquien. Fatiguée, elle fera un long séjour en France entre le printemps 1662 et l’automne 1663 pour s’écarter de son mari.

La situation est d’autant plus douloureuse que lors de ce premier mariage, Marie Casimire perd quatre enfants. Sa première nouvelle-née, Louise-Marie, décède après un mois. Sa deuxième grossesse s’achève par une fausse couche. Son troisième enfant, Catherine, vit seulement deux ans. Sa dernière fille quitte le monde après à peine quelques mois. Entre 1659 et 1664, Marie Casimire endure donc quatre deuils7.

Seuls les jeux, les danses, la parure et la fortune de son mari semblent adoucir les épreuves de Marie Casimire… tout comme son amitié avec Jean Sobieski.

Les premiers contacts de Marie Casimire de la Grange d’Arquien avec Jean Sobieski

Marie Casimire et Jean Sobieski font connaissance au printemps 1655, à l’occasion d’une diète qui se tient à Varsovie. Mais les événements les séparent : la première guerre du Nord éclate.

Ils entrent à nouveau en contact après le mariage de Marie Casimire. En s’installant à Zamość, Mme Zamoyska devient la voisine de Jean Sobieski, propriétaire des domaines de Pielaskowice, situés à quelques lieues.

Ils se rendent des visites et entretiennent une correspondance. Il s’agit d’abord d’un échange de bon voisinage et d’amitié. Jean Sobieski lui envoie les nouvelles de la cour et lui rend divers services lors de ses déplacements. Marie Casimire lui transmet des gazettes françaises et des informations de la part de la reine Louise-Marie. Tout écart de comportement est fermement rejeté par la jeune mariée.

Toutefois, à partir de 1661, un rapprochement se produit entre les deux épistoliers. Leur rencontre à Varsovie en 1661 est à ce sujet décisive. À cette date, leurs sentiments adoptent définitivement une autre tournure. Ils se promettent un amour éternel à l’église des Carmélites.

Ce nouvel aspect se reflète dans leur correspondance8. On y trouve des projets de fuite, restant, évidemment, à l’étape de vains désirs9.

En 1665, un événement vient radicalement changer la vie de Marie Casimire de la Grange d’Arquien. Son mari décède. Elle peut désormais épouser Jean Sobieski, ce qu’elle fait secrètement dès le 14 mai 1665, officiellement le 5 juillet 1665. 11 ans plus tard, elle sera couronnée reine de Pologne avec son époux.

Portrait de Marie Casimire de la Grange d'Aqruien en tenue de sacre sur un cheval, vers 1676, Musée du Palais de Wilanow.
Portrait de Marie Casimire de la Grange d’Arquien en tenue de sacre sur un cheval, vers 1676, Musée Palais de Jean III Sobieski à Wilanów.

Conclusion : tout vient à point à qui sait attendre…

La première jeunesse de Marie Casimire de la Grange d’Arquien reflète la politique française au sein de la République polono-lituanienne. Sa présence en Pologne résulte du rapprochement franco-polonais qui élève Louise-Marie de Gonzague au trône. Le mariage de Marie Casimire avec le magnat Jean Zamoyski correspond aux intentions de la cour française, qui envoie une suite de jeunes dames en Pologne-Lituanie dans le but de les unir aux hommes les plus influents de la Rzeczpospolita.

Toutefois, ce premier mariage s’avère malheureux pour Marie Casimire. Le mode de vie de l’ordinat rend la vie conjugale difficile. Et la Nivernaise perd quatre enfants en à peine cinq ans. En 1665, sa vie bascule. Le décès de Zamoyski lui permet d’épouser Jean Sobieski, un homme qu’elle aime et qu’elle connait depuis 1655. Cette fois, Sobieski sera un mari obligeant et un père attentif10.

À cette époque, Sobieski embrasse la cause de la cour royale et du parti profrançais, dirigé par Louise-Marie de Gonzague. La dimension politique est donc également présente dans cette union11.

En 1666, Jean Sobieski reçoit les charges de grand maréchal et de général de la Couronne. Il est nommé grand général en 1668. Entre 1674 et 1676, il devient Jean III Sobieski, roi de Pologne. Marie Casimire de la Grange d’Arquien soutient son mari tout au long de son parcours et contribue activement à ses réussites12. En 1674-1676, elle finit par succéder à Louise-Marie de Gonzague sur le trône, c’est-à-dire à cette même protectrice qui l’a formée, éduquée et traitée comme sa propre fille13.

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  1. Sur Louise-Marie de Gonzague, reine de Pologne, voir : Serwański Maciej, Francja wobec Polski w dobie wojny trzydziestoletniej (1618-1648), Poznań, UAM, 1986 ; Serwański Maciej, « Être une reine étrangère : deux Françaises en Pologne » in Isabelle Poutrin (dir.), Femmes et pouvoir politique. Les Princesses d’Europe XVe-XVIIIe siècle, Rosny-sous-Bois, Bréal, 2007, p. 193-200 ; Plourin Marie Louise, Marie de Gonzague. Une Princesse française Reine de Pologne, Paris, Ed. Marcel Daubin, 1946 ; Minot Paul, La Princesse Palatine et sa sœur, Paris, Hachette, 1970 ; Libiszowska Zofia, Żona dwóch Wazów, Warszawa, Książka i Wiedza, 1963 ; Magne Émile, Le Grand Condé et le Duc d’Enghien. Lettres inédites à Marie-Louise de Gonzague, reine de Pologne, sur la Cour de Louis XIV (1660-1667), Paris, Émile-Paul Frères, 1920.
  2. Sur Marie Casimire de la Grange d’Arquien, reine de Pologne, voir : Kalinowska Anna, Tyszka Paweł (dir.), Maria Kazimiera Sobieska (1641-1716), Warszawa, Zamek Królewski, 2017 ; Serwański Maciej, « Etre une reine étrangère : deux Françaises en Pologne », op. cit. ; Waliszewski Kazimierz, Marysieńka, Marie de La Grange d’Arquien, reine de Pologne, femme de Sobieski, 1641-1716, Paris, Plon, 1898.
  3. Komaszyński Michał, Maria Kazimiera d’Arquien Sobieska, królowa Polski, 1641-1716, Kraków, Wydawnictwo Literackie, 1984, p. 10-12.
  4. Sur ces mariages franco-polonais du XVIIe siècle voir Kraszewski Igor, « Les mariages entre l’aristocratie et la noblesse française et polonaise au XVIIe siècle. Le problème d’égalité sociale des époux » in Michel Figeac, Jarosław Dumanowski, Noblesse française et noblesse polonaise. Mémoire, identité, culture XVIe-XXe siècles, Pessac, Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, 2006, p. 315-326, URL : https://books.openedition.org/msha/17782 [consulté le 17.01.2024] Voir également l’introduction de Leszek Kukulski à Listy do Jana Sobieskiego, Warszawa, Czytelnik, 1966, p.9-14.
  5. Sur cette première étape de la vie de Marie Casimire de la Grange d’Arquien, voir Komaszyński Michał, op. cit., p. 10-15 ; Wójcik Zbigniew, Jan Sobieski, Warszawa, Państwowy Instytut Wydawniczy, 1982, p. 59-61.
  6. L’ordination (ordynacja) était une disposition empêchant le partage de la fortune d’un défunt. Les biens du défunt n’étaient pas répartis entre les membres de la famille, mais entièrement transmis au fils aîné. L’ordination était pratiquée par les magnats dans le but de consolider leur fortune. L’ordination Zamoyski a été créée par Jean Zamoyski (1542-1605),  chancelier, grand général et bras droit du roi Étienne Báthory.
  7. Skrzypietz Aleksandra, Królewscy synowie – Jakub, Aleksander i Konstanty Sobiescy, Katowice, Wydawnictwo Uniwersytetu Śląskiego, 2011, p. 25-26. Komaszyński Michał, op. cit., p. 17-36, 44-45, 49-52. Wójcik Zbigniew, op. cit., p. 62.
  8. Komaszyński Michał, op. cit., p. 37-56.
  9. Ibidem, p. 41-48. Wójcik Zbigniew, op. cit., p. 82-83.
  10. Sur la vie familiale des Sobieski et leur approche à la maternité et à la paternité, voir la monographie de Skrzypietz Aleksandra, op. cit.
  11. À ce sujet, voir Kraszewski Igor, op. cit.
  12. Voir, par exemple, le rôle actif de Marie Casimire dans l’élection de Jean III Sobieski, roi de Pologne : Komaszyński Michał, op. cit., p. 94-95.
  13. Entre-temps, il y a eu le court règne du roi Michel (1669-1673), marié à Eléonore d’Autriche.

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