Blason Janina, porté par la famille de Jean Sobieski, chez Simon Okolski

Les ancêtres de Jean III Sobieski, roi de Pologne, et leur héritage politique

Les Sobieski sont une famille noble polonaise qui a prospéré lors du XVIIe siècle et a laissé un héritage glorieux1. À partir de la moitié du XVIe siècle, la lignée a connu une ascension politique remarquable, gagnant en pouvoir et en influence jusqu’à atteindre le trône de la République polono-lituanienne au siècle suivant. Jean Sobieski a en effet été élu roi de Pologne en 1674.

Cet article retracera l’origine de cette ascension politique, en remontant aux ancêtres de Jean III Sobieski. Cela permettra de saisir les facteurs politiques qui ont permis aux Sobieski de gagner en pouvoir au fil des générations.

Les ancêtres paternels de Jean III Sobieski, roi de Pologne

Les Sobieski de Sobieszyn : une famille nobiliaire d’origine immémoriale

Les Sobieski sont une famille noble, issue du blason et du clan de Janina. Selon les armoriaux nobiliaires, ce blason remonte au temps du roi Boleslas Ier le Vaillant (967-1025) ou de Lech le Noir (1241-1288). Il aurait été décerné à un certain Janik (ou Jean) pour ses exploits militaires.

Le premier descendant bien connu et documenté du roi Jean III est Sébastien Sobieski (1486-1557), fils de Stanislas, petits-fils de Nicolas, du village de Sobieszyn dans la voïvodie* de Sandomir (province de la Petite Pologne).

Au XVIIe siècle, Sobieszyn n’appartient plus à la famille, mais ses membres continuent de se dire « de Sobieszyn », en mémoire de leur lieu d’origine. Sébastien épouse Barbara Giełczewska. Ils s’installent dans le village Wola Giełczewska, dans la voïvodie de Lublin et font l’acquisition des terres royales de Pielaszkowice. Ils ont un fils Jean (vers 1518-1564), qui sera capitaine de cavalerie. Jean épouse Catherine Gdeszyńska, avec qui il a trois fils et une fille, parmi eux : Marc Sobieski, grand-père du futur roi de Pologne.

Marc Sobieski (1550-1605), grand-père de Jean Sobieski

C’est Marc Sobieski qui a élevé la famille à un rang social plus élevé. De noblesse moyenne, les Sobieski parviennent à entrer dans le cercle des hautes élites politiques et économiques du pays.

Né en 1550, Marc débute sa carrière à la cour royale grâce à son protecteur Jean Zamoyski (qui deviendra grand général* en 1581). Fidèle serviteur d’Étienne Báthory (règne de 1575 à 1586) puis de Sigismond Vasa (règne de 1587 à 1632), Marc s’illustre par les armes.

Il devient par la suite sénateur grâce à la fonction de castellan* (1596) puis de voïvode* de Lublin (1597).

Il fait croître le patrimoine familial, notamment en faisant l’acquisition des biens de Złoczów dans la région de Lviv (Ukraine). Ces derniers comprennent la ville de Złoczów et plus de 60 villages, posant les bases de la puissance économique des Sobieski. Ces terres seront développées par ses successeurs, qui y construiront un château et une église.

Marc épouse Hedwige Snopkówna en premières noces. Ils ont sept enfants, deux fils et cinq filles : Jacques, Jean (décédé en 1627), Sophie, Alexandra-Marianne, Catherine, Gryzelda et Anne. En secondes noces, Marc épouse Catherine Tęczyńska, membre d’une des familles polonaises les plus influentes de l’époque.

Jacques, fils de Hedwige et de Marc, est le père de Jean Sobieski.

Marc Sobieski, grand-père de Jean Sobieski
Marc Sobieski, grand-père de Jean Sobieski, selon Tygodnik Ilustrowany, 1862, nr 156, p. 116.

Jacques Sobieski (1590-1646), père de Jean Sobieski, premier sénateur de la République

Jacques Sobieski suit les traces de son père et l’ascension de la famille Sobieski se poursuit.

Carrière politique de Jacques Sobieski

Jacques reçoit une éducation soignée au domaine familial, à l’Académie de Zamoyski et à l’Université de Cracovie. En 1607-1613, Jacques Sobieski effectue un voyage en France et en Europe pour parfaire sa formation.

Sa carrière politique débute à la cour royale, sous le règne de Ladislas IV Vasa.

Il prend part à toutes les guerres que la République mène dans la première moitié du XVIIe siècle contre les Moscovites, les Turcs, les Tatares, les Cosaques et les Suédois. Il a laissé un récit de la fameuse et victorieuse bataille de Khotin (Chocim) de 16212.

Parallèlement, Jacques fait une brillante carrière parlementaire et civile. Il est choisi vingt fois comme député à la diète*. Il préside aux débats de l’assemblée quatre fois en tant que maréchal de la diète*. En 1628, il obtient la charge d’écuyer tranchant* du roi, puis celle d’échanson* en 1636. Il devient voïvode de Belz en 1638 puis voïvode de Russie* en 1641.

Enfin, en 1646, Jaques Sobieski devient castellan de Cracovie*, c’est-à-dire le premier sénateur de la République. Il atteint ainsi la plus haute fonction civile au sein de la République.

Au cours de ce parcours, il effectue des missions diplomatiques auprès des Moscovites en 1618, des Turcs en 1621 et des Suédois en 1628-1629 et 1635.

Jacques Sobieski est également réputé pour son talent oratoire. Surnommé le « Démosthène polonais », il est sollicité pour les éloges funèbres de personnalités éminentes, notamment de saint André Bobola ou du grand général Stanislas Żółkiewski, dont il sera encore question.

Patrimoine et vie familiale

Jacques multiplie la fortune familiale. Il reçoit des starosties aux revenus considérables. Il fait de nouvelles acquisitions (Pomorzany) et prend soin de ses domaines, en développant les villes et l’agriculture (blé, élevage bovin, pêche, forêt…), et en construisant des palais et des églises. Ses deux mariages consolideront sa fortune.

Jacques Sobieski épouse Marianne Wiśnowiecka, fille du prince Constantin Wiśniowiecki, en premières noces. Elle lui apporte en dot de nombreux biens, notamment la ville de Zborów. Leurs deux filles décèdent dans leur enfance.

Après le décès de sa première femme (février 1624), Jacques épouse Sophie Téophile Daniłowicz, qui donne naissance à sept enfants, dont quatre n’atteindront pas l’âge adulte. Elle héritera d’une grande partie des biens des Daniłowicz et des Żółkiewski. En 1646, Jacques et Sophie posséderont 12 villes et plus de 170 villages.

Le premier enfant de Jacques et Sophie, Marc, né en 1628, périra en 1652 de la main des Cosaques et des Tatares lors de la bataille de Batoh.

Le futur roi Jean Sobieski, né en août 1629, est le deuxième fils de Jacques et Sophie Téophile.

Leur fille Catherine (1634-1694) épousera Ladislas Dominique Zasławski puis le prince Michel Casimir Radziwiłł.

Jacques Sobieski, père de Jean Sobieski, selon un portrait de 1666
Jacques Sobieski, père de Jean Sobieski, selon un portrait de 1666

L’héritage maternel de Jean III Sobieski, roi de Pologne : les Daniłowicz et les Żółkiewski

Sophie Téophile Daniłowicz, mère de Jean Sobieski, futur roi de Pologne, est née de l’union de Jean Daniłowicz et de Sophie Żółkiewska, fille du grand général Stanislas Żółkiewski, dont la figure a joué un rôle central dans l’éducation du jeune Jean Sobieski.

Stanislas Żółkiewski (1547-1620), arrière-grand-père de Jean Sobieski, grand général de la Couronne

Stanislas Żółkiewski sert à la cour du roi Sigismond Auguste à partir de 1566.

En 1573, il fait partie de la délégation polonaise qui se rend à Paris pour annoncer à Henri de Valois qu’il a été élu roi de Pologne.

En 1608, il est nommé voïvode de Kiev.

Stanislas participe à une série de guerres contre les Moscovites, les Suédois et les Tatares. Il participe aux campagnes de Moldavie, qui visent à placer Jérémie Movila à la tête de la principauté moldave, et dirige les campagnes de Moscovie dans le cadre des conflits de succession au trône des tsars. Il s’illustre tout particulièrement lors de la bataille de Kłuszyn et par la prise de Moscou en 1610.

Żółkiewski devient grand général et grand chancelier de la couronne en 1618.

Alors qu’en 1595, il avait participé à la victorieuse bataille de Cecora contre les Turcs, il meurt lors de la seconde bataille du même nom, en 1620. Sa tête est suspendue en signe de victoire au-dessus de l’entrée du palais du sultan à Istanbul. Son corps mutilé est racheté par son épouse Regina Herburt et enterré dans la chapelle du château de Żółkiew.

Stanislas Żółkiewski, grand-général de la Couronne, ancêtre maternel de Jean Sobieski
Stanislas Żółkiewski, grand général de la Couronne, ancêtre maternel de Jean Sobieski

Sophie Téophile Daniłowicz, mère de Jean Sobieski : unique héritière des Żółkiewski et des Daniłowicz

Stanislas Żółkiewski et son épouse Regina ont eu trois enfants. Leur fils Jean est décédé en 1623 des blessures qu’il a reçues lors de la seconde bataille de Cecora (comme son père). Leur fille Catherine a épousé le grand général Stanislas Koniecpolski en 1615, mais elle meurt en couche un an et demi plus tard.

Sophie, leur seconde fille, reste donc l’unique descendante du grand général Żółkiewski. Il s’agit de la grand-mère de Jean Sobieski.

Sophie épouse Jean Daniłowicz, voïvode de Russie, avec qui elle a deux enfants : un fils Jean et une fille Sophie Téophile. Mais Jean meurt en 1636 de la main des Tatares, qui le décapitent et renvoient le corps mutilé à Żółkiew. Sophie Téophile devient ainsi l’unique héritière des Daniłowicz et des Żółkiewski.

Elle est alors l’épouse de Jacques Sobieski et la mère de Marc, Jean et Catherine. Elle hérite de la demeure familiale de Żółkiew ainsi que de nombreux autres biens. Sophie Téophile insistera beaucoup pour transmettre à ses enfants la mémoire de ses ancêtres et le patrimoine matériel et spirituel dont elle est devenue l’unique héritière.

Le culte des ancêtres à Żółkiew

Żółkiew est l’une des résidences principales des jeunes Sobieski depuis leur enfance.

Elle restera la demeure préférée de Jean Sobieski jusqu’à la fin de sa vie. À son avènement au trône, Żółkiew deviendra un lieu de pouvoir.

C’est également à Żółkiew que la pierre tombale du grand général Stanislas fut installée, plus précisément dans la chapelle du château.

Sophie Téophile y conduit souvent ses fils en leur contant les exploits et les vertus patriotiques de leurs ancêtres. Ces mémoires ont marqué l’enfance de Jean Sobieski.

La chambre du grand général est restée intacte et est devenue une sorte de musée.

On pouvait y trouver ses effets personnels, ses armes, son bâton de général offert par le Pape ainsi que ses vêtements tachés de sang. Près du lit, à la demande de son épouse, une lampe éclairait constamment le tableau de Notre-Dame de Częstochowa.

Téophila Sobieska et ses fils devant la tombe de Stanislas Żółkiewski à Żółkiew
Sophie Téophile Sobieska et ses fils devant la tombe de Stanislas Żółkiewski à Żółkiew

Conclusion : l’héritage de Jean III Sobieski, roi de Pologne

En conclusion, Jean Sobieski, le futur roi de Pologne, a hérité bien plus qu’une simple fortune matérielle à la suite de la mort de son frère Marc en 1652. Son héritage économique, social et politique était profondément enraciné dans l’histoire de sa famille, les Sobieski, les Daniłowicz et les Żółkiewski.

Jean reçut une riche tradition de service civil provenant de la famille Sobieski. Son père, Jacques Sobieski, avait été le premier sénateur de la République, ce qui avait inculqué à la famille une solide expérience politique. Cette expérience a non seulement forgé le caractère de Jean, mais l’a également préparé à gravir les échelons du pouvoir.

Du côté maternel, les Żółkiewski ont transmis un héritage militaire impressionnant. Stanislas, l’arrière-grand-père de Jean III, avait été grand général. De l’arrière-grand-père en passant par l’oncle et le frère de Jean Sobieski, tous ont péri sur les champs de bataille contre les Turcs et les Tatares. Leurs sacrifices avaient forgé une mémoire indélébile à Żółkiew, rappelant l’engagement inébranlable de la famille envers la défense de la République.

Toute cette tradition politique et militaire, en plus de ses racines, ont fourni à Jean Sobieski un bagage hors du commun qui l’ont préparé à monter sur le trône.

Son ascension progressive a atteint son apogée dans sa propre montée au pouvoir royal. En étant élu et couronné roi de Pologne, Jean III Sobieski a porté avec lui l’héritage de sa famille, une histoire de service, de dévouement et de sacrifice pour la patrie, faisant de lui un dirigeant destiné à marquer l’histoire de la Pologne et de l’Europe.

Pour aller plus loin…

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Bibliographie

Długosz Józef, Jakub Sobieski, 1590-1646: parlamentarzysta, polityk, podróżnik i pamiętnikarz, Wrocław, Wydawnictwo Uniwersytetu Wrocławskiego, 1989.

Długosz Józef, « Wstęp » in Sobieski Jakub, Peregrynacja po Europie i Droga do Baden, ed. Długosz Józef, Wrocław-Warszawa, 1991, p. 5-40. Pour une bibliographie plus complète au sujet de Jakub Sobieski, voir les pages 29-30.

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Wójcik Zbigniew, Jan Sobieski, Warszawa, Państwowy Instytut Wydawniczy, 1982.

  1. Cet article a été écrit avec l’aide de Léa, rédactrice web, que je remercie pour son travail. Les mots suivis d’un astérisque sont expliqués au sein du glossaire de l’ancienne République de Pologne-Lituanie. Enfin, la bibliographie qui a servi à préparer l’article se trouve en fin de page.
  2. Il s’agit d’une bataille opposant l’armée polono-lituano-cosaque, dirigée par le grand général* Jean Charles Chodkiewicz, aux forces ottomanes, menées par le sultan Osman II, en septembre-octobre 1621. Elle se finit par une victoire de la République. Jacques Sobieski a écrit sur ce sujet l’ouvrage Commentariorum chotinensis velli libri tres.

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